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La fin

Il était temps. Un cycle se ferme et un autre commence.

Je clos ce chapitre.

Qu’est-ce qu’être artiste aujourd’hui ?

J’ai longtemps cherché ma voie en tant qu’artiste, en tant que femme, en tant que citoyenne. Et je sais que je l’ai trouvée. Sauf qu’elle ne répond pas aux codes de notre société, où il faut rentrer dans le moule, ne pas avoir d’opinion, être performant·e, avoir un statut financier stable et un job standard.
Qu’est-ce qu’être artiste aujourd’hui ? Je me pose depuis longtemps cette question. Quel est notre rôle ? Plus précisément, comment être artiste et pouvoir en vivre ? Dans un monde où les crises se succèdent, quel intérêt donner à mon travail ? Il n’a aucune valeur marchande, aucune nécessité vitale, pourquoi des gens dépenseraient leur argent dans de l’art alors qu’iels ont probablement des difficultés à boucler leurs fins de mois. Pourquoi se faire plaisir ? Pourquoi oser s’offrir quelque chose d’unique ? Pourquoi vouloir favoriser la production locale ? Pourquoi aider quelqu’un·e à vivre de son travail ? Pourquoi ? La saison estivale a été très rude pour mes collègues, celles et ceux qui ont enchaîné tout l’été des marchés d’artisanat et d’art, (je n’en ai fait qu’un et c’était très triste), surtout quand je vois et que j’entends que certain·e·s se déplacent pour des journées à 0 € ? Doit-on renoncer à ces métiers ?

Est-ce que je suis en train de vous dire au revoir ? 

Oui … les doutes m’amènent souvent à vouloir dire au revoir à tout ça, de manière théâtrale presque et avec panache, mais est-il possible pour moi de dire au revoir à quelque chose qui m’anime sincèrement ?
NON.
Comment dire au revoir à ce qu’on est au fond de son cœur ? Comment dire au revoir à ce qui fait sens et à ce que l’on aime ? On m’a dit récemment qu’avec toutes les valeurs et convictions que j’avais, je ne pouvais pas vivre dans cette société. Et j’avoue que ça m’a beaucoup touchée… Si je ne peux pas vivre dans cette société, où est-ce que je vais bien pouvoir vivre ?
Ces derniers mois ont été très éprouvants pour moi. J’ai été confrontée au mépris -violent- de certaines personnes (notamment pour mon déménagement), je ne comprends pas pourquoi sortir un peu du cadre génère autant de méchanceté. Heureusement, j’ai eu aussi des encouragements pour ne jamais tourner le dos entre autres à mes convictions et mes valeurs par facilité. J’ai vraiment dû prendre sur moi et accepter que les choses n’aillent pas aussi vite que je le souhaitais, ne pas me précipiter et être patiente en toutes circonstances.

L’immobilisme ne mène à rien, à part abîmer nos âmes

Faire des choix et avancer dans la vie, c’est faire face à ses peurs et se confronter à soi-même. J’ai décidé de ne plus avoir peur. Des fois, tout est tellement effrayant, et on se laisse influencer par l’extérieur alors que tout est là, en nous. La vie nous offre chaque jour la possibilité d’affronter ce qui nous déséquilibre. Nous sommes bien les seul·e·s à pouvoir aller de l’avant. L’immobilisme ne mène à rien, à part abîmer nos âmes. La petite voix dans notre tête peut nous faire douter de ce qu’il y a dans notre cœur. Je décide à présent d’écouter, d’identifier cette voix qui fait peur et de lui faire face ; je ne veux pas que cela m’empêche d’avancer sur mon chemin de vie.

À présent, à travers mon univers artistique, je vais aussi partager avec vous mes engagements militants. Même si mon travail plastique peut faire émerger des questionnements sur la nature, je souhaite pouvoir mettre en avant à l’écrit des sujets forts.
Comment ne pas s’engager aujourd’hui dans notre société, comment garder le silence ? Comment fermer les yeux sur ce qui s’y déroule actuellement, autant d’un point de vue social qu’écologique et environnemental ? Chaque matin, j’ose imaginer que la succession de nouvelles mortifères et de catastrophes en tout genre permettront aux consciences de s’éveiller. Je souhaite voir le monde lever les yeux et sortir de cet asservissement général, qui annihile toute forme de remise en question, de rêve et de créativité. Je ne sais pas s’il est déjà trop tard ou pas. J’ai envie de croire que l’on ne fonce pas droit dans un mur sans vouloir arrêter ça et proposer un autre modèle de société en changeant radicalement les choses.
Je n’ai pas envie d’arrêter mon travail, malgré les difficultés rencontrées, car je crois que nous avons tou·te·s besoin de poésie dans nos vies. Je peux vous proposer, de manière modeste, une vision plus élargie de votre quotidien pour en saisir sa beauté. Il est fondamental de tisser du lien et nous pouvons le faire ensemble, nous questionner sur les choses qui nous entourent. J’ai besoin de comprendre avec vous le monde dans lequel on vit et que mon art puisse vous accompagner, tout en suscitant de la curiosité chez vous.

Comment peut-on avoir envie de s’engager à préserver la nature si on n’apprend pas à la voir et à l’apprécier ? Nous ne sommes plus connecté·e·s aux cycles, à l’expérience du silence et à la contemplation. La société actuelle promeut au contraire la rapidité, la succession d’images et d’informations qui saturent nos cerveaux. Je crois profondément que l’art est une porte qui nous permet de nous connecter différemment, de ralentir et de nous questionner sur nos existences, de manière humble et personnelle.
Alors, à partir de maintenant, je tenterai plus que jamais de vous partager mon amour pour la nature, en particularité les montagnes et les forêts, car cela vibre très fort dans mon cœur et mes yeux brillent rien que d’en parler. Cet amour est fort plus que jamais, et c’est là que tout commence. C’est là que je tombe amoureuse, encore et toujours ; c’est en quelque sorte mon jardin secret, là où mon imagination fleurit. Je me laisse l’opportunité de vous conter ces histoires à travers différents médiums et pas seulement la peinture.

Je vous invite à découvrir là où, à la lueur de la lune, les mots et les ombres dansent. Une nouvelle manière d’être présent·e·s.

Merci d’avoir lu jusqu’au bout. Si vous le souhaitez, vous pouvez m’écrire ou même commenter cet article.

Annelise ♥

Je vous laisse sur ces quelques mots qui font écho à ce que je disais plus haut :

« Il faudrait essayer que chacun trouve son pourquoi, on peut tous trouver un pourquoi […] si on ne l’a pas, c’est important de le chercher parce que quand on le trouve ça nous donne ce désir de nous lever, d’avancer, ça nous donne du sens et peu importe où on va ça ne nous appartient pas où on va, la seule chose qui nous appartient, c’est nous. Il faut lâcher toutes les peurs de ces adultes, tous ces systèmes d’oppression, on nous a mis dans des cases, dans des modèles partout, pour tout […] Danser avec le système sans jamais lui appartenir. »
Emma Haziza, hydrologue, spécialiste de la résilience des territoires face aux risques climatiques extrêmes

Je vous invite à voir son interview sur Thinkerview

6 commentaires sur “La fin”

  1. Coucou ma belette,

    En te lisant comme d’habitude je comprends que c’est une décision murement réfléchis, même si inattendue pour ma part. J’espère que tu ne vas pas trop loin :-* et peut importe où tu habite, je suis sûre que tu trouvera l’énergie pour animer ton monde 😉

  2. Annelise ,
    je vous avais rencontré il y a quelque temps à Nîmes et j’avais apprécié votre travail. Je suis désolé du ton attristé de votre lettre même si je peux le comprendre. Mais même si les choses sont difficiles il ne faut jamais abandonner. Les artistes, quels que soient leur art (littérature, peinture, cinéma, musique etc…) sont essentiels pour comprendre le monde peut être plus que les scientifiques. Nous voyons tous les jours les paysages qui nous entourent, mais nous arriverons à les comprendre ou à véritablement les voir que lorsque qu’ ils ont été sublimés par un artiste. Alors oui, votre travail est important et vous devez le continuer par tous les moyens qui vous permettront d’exprimer votre sensibilité.
    A peut être bientôt pour un article de votre part plein de sérénité. C’est le souhait du vieil homme que je suis.
    E.M

    1. Je vous remercie d’avoir lu avec attention. Merci pour votre soutien, je vais continuer à partager mon travail et mon regard sur ce qui nous entoure. À bientôt sans aucun doute pour un nouvel article.

  3. Hello Annelise,
    Cela fait un moment que je n’ai plus l’occasion de passer à Clermont-Ferrand, mais je suis abonnée à ta newsletter, lis avec intérêt tes articles et me suis même offert ton calendrier l’an dernier ! Ce dernier article me touche beaucoup, car certains questionnements que tu partages résonnent dans ce que je traverse actuellement… quel quotidien ai-je envie de vivre ? quel quotidien voudrait-on que je vive ? comment assumer et revendiquer ce droit à vivre avec moins, en travaillant moins, en m’épanouissant plus ? Je pars de l’opposé, d’un parcours très scientifique, déconnectée de l’art et je ressens depuis quelques temps un besoin de créer, de contempler, de m’entourer de beauté, de tâcher de reproduire cette beauté à ma façon. Des années de militantisme m’ont asséchée, l’aigreur, la colère et l’anxiété, la tristesse et la révolte face à l’injustice, m’ont coupée de ma sensibilité d’une certaine façon. J’ai donc décidé de prendre du recul, d’investir moins d’énergie dans la société humaine pour me reconnecter à la société du vivant à laquelle j’appartiens, une société où d’autres mesures s’imposent, d’autres rapports au temps, à la valeur, à soi. Bref, merci pour ce texte qui prolonge ma réflexion sur ce qu’est l’art, comment peut-il amener à faire bouger les consciences, servir cette envie que nous partageons d’influer sur le cours des choses d’une manière qui nous semble bonne, juste. Continue à croire en l’utilité de la poésie que tu nous partages, car moi elle m’a rattrapée et m’a aidée à souffler par moments, comme un baume qui calmerait la brûlure de l’injustice qui m’assaille un peu chaque jour.
    Belle suite à toi, que ce virage te permette de poursuivre en paix ton chemin et le sillon que tu laisses derrière toi.
    Charlotte

    1. Merci d’avoir tout lu ! Je suis contente de voir que ce que je dis te parle aussi. J’ai eu énormément de réactions à ce texte (notamment par mail). Je crois que de nombreuses personnes font face à ces questions. Je pense que face à ce que la société nous propose, il est nécessaire de se mettre de côté pour comprendre où nous avons vraiment envie d’être. Je te remercie pour ton soutien, ça me fait plaisir que mon travail te touche.

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